Sciences et société, alimentation, mondes agricoles et environnement


Les échos & le fil © Archives Yann Kerveno

Publié le 15 avril 2026 |

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One quoi ?

Vous avez peut-être entendu parler du sommet One Health qui s’est tenu il y a quelques jours. Ou pas. Ce qu’on retiendra, au delà des grandes intentions, c’est que l’écho n’en fut que modestement national, vexant pour un sommet mondial. C’est le fil du mercredi.

Photographie : © Archives Yann Kerveno

Dans le bruyant (euphémisme) contexte international de ce début d’année, le multilatéralisme en a encore pris pour son grade. Pourtant, passé presque inaperçu, s’est tenu en début de semaine à Lyon un sommet international, donc multilatéral, consacré au concept One Health (« une seule santé » ou « santé unique »). Et à lire la presse française, il semble que ce soit peu dire que d’avancer que l’air y fut bien brassé. Trêve d’ironie, regardons de plus près. Ce sommet avait donc lieu dans la capitale des Gaules et a réuni une brochette de dirigeants, une vingtaine de chefs d’État et 600 scientifiques venus de toute la planète pour déboucher sur une série d’engagements. Mais guère plus, comme fait remarquer Le Monde qui relève « des annonces nombreuses » dans lesquelles il est « difficile de trouver une ligne directrice. » L’ensemble est réuni dans un document officiel de 28 pages publié par l’Élysée qui ressemble en effet à un catalogue. Mais qu’y trouve-t-on? On ne va pas faire la liste, le document est au bout de ce lien. On y apprend que le colloque qui a réuni les scientifiques a émis 47 recommandations sur quatre grands thèmes, la surveillance des maladies infectieuses émergentes, la lutte contre les résistances aux antimicrobiens, l’adoption de l’approche « sûre dès la conception » pour le chapitre pollution et, enfin, le développement de l’agroécologie pour assurer la transition vers une alimentation durable. Dans les annonces « tangibles », notons la création par la France d’un observatoire mondial One Health des microbiomes avec pour objectif d’en collecter un million d’ici 2030. C’est aussi la France qui est à l’origine du lancement du Pacte international pour préserver l’efficacité des antibiotiques auquel se sont agrégés 15 pays.

Se pousser du col

Le Bostwana a annoncé pour sa part le déploiement d’un système national de surveillance sanitaire basé sur l’approche One Health, assise sur une IA souveraine et accessible jusque dans les villages les plus reculés. À l’heure des annonces, le privé n’est pas en reste. Suez va lancer des recherches sur les adénovirus, ainsi que la détection et le traitement des micropolluants. Tandis que l’Oréal s’engage « en faveur de la prévention et de laccès aux soins pour la santé et la peau ». Les labos pharmaceutiques y sont aussi allés de leurs promesses pour couvrir notamment les pays du Sud. Il fut aussi question des aliments ultratransformés avec une « déclaration ambitieuse qui vise à reconnaître les préoccupations liées aux impacts sanitaires en environnementaux des aliments dits ‘ultratransformés’ ». Bref, il faut prendre le temps de tout lire. L’occasion était belle de se pousser du col comme l’a fait le maire de Lyon en marge du sommet, en proposant la création de la « One Health Cities Alliance » pour consolider le rôle des villes dans la gestion des crises sanitaires et environnementales. De son côté, la métropole Lyonnaise a signé un plaidoyer contre les polluants éternels (les fameux PFAS). Cela dit, si le flot de paroles et d’intentions est important, les financements ne sont pas forcément mis en face des déclarations. Mais ce qui est surprenant, ou pas, c’est que ce sommet mondial n’a finalement eu d’écho… qu’en France. On trouve peu de comptes rendus dans la presse internationale anglophone, et seule la station de radio Cadena Ser, en Espagne, y fait mention pour raconter qu’une commune espagnole était présente

De quoi parle-t-on ?

Alors peut-être le sujet est-il encore trop abstrait ? Trop académique ? D’ailleurs, savez-vous ce qu’est exactement ce concept de One Health ? Au cas où, voici de quoi il retourne. En gros, il s’agit d’une posture qui considère que la santé animale, la santé humaine et celle de nos environnements sont indissociables. Et qu’on ne peut pas agir sur l’une sans regarder les autres. Il a émergé en tant que concept au début du millénaire mais prend racine au XIXe avec le médecin Rudolf Vorchow, alors fameux notamment pour son apport sur l’hygiène (il conseillait gouvernements et municipalités dans le cadre d’épidémies). C’est à lui que l’on doit l’invention d’un mot promis à un grand avenir : “zoonose”, en 1855. On est bien dans le thème puisqu’on parle là des maladies qui se transmettent des animaux aux humains. Il faudra attendre près d’un siècle pour que le vétérinaire Calvin Schwabe, mort en 2006, formalise l’idée du One Medecine. Une seule médecine, intriquant la santé humaine et la santé animale, séparée depuis des siècles. Son livre fondateur, Veterinary medecine and human health est publié en 1964 et il explique qu’« il ny a aucune différence de paradigme entre médecine humaine et médecine vétérinaire. Les deux sciences partagent un corpus commun de connaissances en anatomie, physiologie, pathologie, sur les origines des maladies chez toutes les espèces ». La base posée, il faudra encore attendre une quarantaine d’années avant que le concept soit complété par les 12 principes de Manhattan publiés en septembre 2004 en réaction à plusieurs crises, Ebola, SARS, variole du singe, encéphalopathie spongiforme, grippe aviaire… 12 principes qui stipulent que santé humaine, animale et environnementale sont indissociables, que l’environnement influence directement notre santé, qu’il faut englober la faune sauvage dans la santé globale, etc. Vous avez tout là.

Que retenir de cette histoire ? Qu’au final, il faut parfois des siècles pour que les évidences s’imposent ?

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