Les échos & le fil © archives Yann Kerveno

Published on 5 juin 2024 |

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De loin, la PAC ressemble à un flot d’argent qui irrigue le monde agricole. Mais de près, c’est, naturellement, plus compliqué et le marché reste le principal contributeur au chiffre d’affaires des exploitations agricoles européennes. On s’y penche dans ce fil du 5 juin 2024.

Visuel : © archives Yann Kerveno

On l’a bien entendu ces derniers mois dans la rue mais aussi à propos d’Egalim, des débats sur le renouvellement des générations ou encore du prix du gas-oil, la question du revenu des agriculteurs est centrale dans la crise que traverse aujourd’hui l’agriculture. Avec des effets de cycle plus ou moins prononcés, les cours ont un impact fort sur les revenus des fermes, tout comme le prix des intrants avec les fameux effets ciseaux, intrants au plus haut, prix du marché au plus bas, qui avalent les marges.

Un document synthétique produit par l’Union vient ébrécher quelques idées reçues en la matière.

L’écart est grand entre les 10 % des fermes qui gagnent le plus à 61 500 €/ETP [si la traduction de l’anglais « workers » est correcte NDLA], et les 10 % qui gagnent le moins, c’est-à-dire moins de 800 €/ETP.

L’écart est aussi grand entre les régions avec une frange septentrionale, de la Bretagne au sud de la Suède pour faire simple, qui gagne plus de 40 000 € par ETP et la frange orientale, de la Roumanie à la Grèce entre 10 000 et 20 000 euros/ETP.

Des différences qui n’empêchent toutefois pas le chiffre d’affaires moyen de progresser depuis 10 ans en dépit du petit hic de 2020 et du Covid.

Contrairement à une idée peut-être répandue, les plus grosses exploitations sont aussi celles qui gagnent le plus, les coûts plus importants à l’hectare (mécanisation, intrants) étant compensés par une plus grande productivité. On les trouve principalement en France et en Allemagne et sont spécialisées en porc ou volaille.

Autres éléments intéressants de cette note, les fermes les plus profitables sont menées par des exploitants âgés de 40 à 60 ans (explication avancée par l’étude, les agriculteurs les plus jeunes sont plus nombreux dans les pays où les gains sont les moins importants en moyenne).

L’étude ne donne par contre pas d’explication au fait que le chiffre d’affaires des exploitations menées par des femmes soit en moyenne un tiers inférieur à celui des exploitations menées par les hommes (vous pouvez avancer vos analyses dans les commentaires) et ce dans tous les systèmes et tous les pays de l’Union. Enfin, les aides directes de la PAC contribuent en moyenne pour 22 % au chiffre d’affaires des exploitations, et plus la ferme est économiquement modeste, plus la proportion de la PAC est importante dans le total.

Ce sont les élevages extensifs (grazing livestock) qui sont le plus bénéficiaires de la PAC, elle représente en moyenne 46 % du revenu de l’exploitation contre un peu moins de 30 % pour les grandes cultures. [Vous avez toutes les données EU27 et pays par pays ici]. Les derniers chiffres en ligne portent sur 2021. Mais la situation a peu évolué depuis.

Dans une note qui date de quelques semaines, Allianz fait remarquer que les agriculteurs européens n’ont pas bénéficié de l’inflation record des prix alimentaires, du moins pas autant que les fabricants ou les détaillants. En raison, est-il souligné, du manque de poids des producteurs dans les négociations. Ainsi entre 2022 et 2023, le revenu réel des agriculteurs a reculé de 12 % en Europe et jusqu’à 22 % en France, pays qui est aussi celui qui, selon la note, a « perdu le plus en productivité au cours de la dernière décennie en particulier à cause de la surtransposition de règles. » Mais le recul de la productivité est aussi constaté dans les autres grands pays agricoles de l’Union, à des échelles différentes, en Allemagne (qui perd sur la décennie mais gagne sur les 5 dernières années), en Espagne ou aux Pays-Bas (qui gagnent sur la décennie mais perdent sur les 5 dernières années).

Si l’on pousse un peu plus loin pour voir comment est composé ce chiffre d’affaires (étude de 2015), on apprend qu’en moyenne, 86 % des gains sont générés par le marché, les subventions venant en complément et n’ayant  donc qu’un rôle mineur, toujours en moyenne et à l’échelle de l’Europe, dans l’établissement du chiffre d’affaires. En face et pour info, côté dépenses, les consommations intermédiaires (intrants, etc) représentent les deux tiers de charges, les amortissements 15 %, les salaires 9 %, le fermage 5 % et les intérêts 3 %. Une autre étude, suisse celle-là, conclut que la PAC a un impact favorable dans la mesure où les revenus moyens des exploitations agricoles atteignent ceux du secteur non-agricole, même si elle ne permet pas « d’égaliser les revenus » entre les différents pays de l’Union. Les questions demeurent. La PAC doit-elle, et comment le peut-elle, consolider le revenu des exploitations agricoles ? Ce sera, avec le Green deal, probablement un des grands débats à venir.

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