« Une vache émet autant de gaz à effet de serre qu..." /> La vache et le pot d'échappement - Revue SESAME

Les échos & le fil

Published on 27 septembre 2023 |

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La vache et le pot d’échappement

« Une vache émet autant de gaz à effet de serre qu’une voiture qui roule pendant un an. » Voilà affirmation simple, facile à comprendre par le plus grand nombre. Mais colle-t-elle à la réalité ? Les choses sont en fait plus compliquées que cela et il faut soulever le tapis.

La première chose qu’il faut regarder, c’est ce que sont les gaz à effet de serre. Alors, pour faire court (et comme d’habitude vous pouvez suivre les nombreux liens sélectionnés chaque semaine avec soin à votre attention pour en savoir plus) il y en a sept. Vous allez comprendre. Les plus connus sont le dioxyde de carbone, le méthane, le protoxyde d’azote, les hydroflurocarbures, les perfluorocarbures, l’hexafluorure de soufre et le trioflorure d’azote. Ce sont ces gaz qui sont visés par le protocole de Kyoto. Vous avez la liste et leurs principales sources au bout de ce lien.

Mais il ne vous aura pas échappé que l’on parle le plus souvent du CO2, le dioxyde de carbone. Et c’est normal. Il représente les deux tiers des émissions liées aux activités humaines. Or les autres, s’ils sont moins importants en volumes d’émissions, ont un pouvoir de nuisance bien supérieur. Et pour qu’on puisse comparer, vu qu’on ne mélange pas les torchons avec les serviettes, il a fallu trouver une équivalence. Le GIEC a donc créé une unité, l’« équivalent CO2 » (eq CO2) qui permet de mettre tout le monde sur la même ligne, en « lissant » le pouvoir radiatif des gaz au niveau de celui du CO2.

Cet eq CO2 est obtenu en multipliant l’émission du gaz à effet de serres par son potentiel de réchauffement global (en gros et pour schématiser, on calcule le volume de CO2 correspondant au forçage radiatif, la capacité à retenir le rayonnement solaire des autres gaz, sur une période donnée).

Par convention, c’est l’échelle du siècle qui est retenue et permet de dire que le méthane est « 28 fois » plus puissant que le CO2, le protoxyde d’azote l’est 114 fois, le tetrafluorure de carbone 50 000 fois. Bon, là aussi c’est un peu flou, on lit parfois que  le méthane n’est que 20 fois plus puissant, ou 23, ou encore 25 voire 30… Difficile de trouver la référence précise en vigueur (si vous l’avez, vous pouvez la déposer dans les commentaires). Mais si vous lisez que le méthane est 80 fois plus puissant que le CO2, c’est parce que le chiffre retenu porte sur une période de 20 ans et non 100.

Bref, revenons à nos moutons et surtout à nos vaches. Le système digestif des ruminants produit du méthane exhalé par les rots. Si 40 % des émissions de méthane dans le monde sont naturelles (volcans, incendies, zones humides…) le reste est dit anthropique et provient de l’élevage de ruminants, de la combustion de la biomasse, des biocarburants, des décharges et de la combustion des énergies fossiles.

En élevage les émissions peuvent varier grandement selon le système de production. Et là encore, difficile d’y voir vraiment clair ! Une vache produirait entre 70 et 120 kg de méthane par an. Mais pour pouvoir comparer avec les émissions d’une voiture, il faut en passer par l’eq CO2 (d’où les explications précédentes). Si l’on s’en tient à la valeur x28, alors une vache produit entre 1,96 et 3,36 tonnes d’eq CO2 par an.

Pour simplifier l’affaire et régler le problème dans l’absolu, prenons une moyenne à 100 kg de méthane par an et par vache, on obtient donc 2,8 tonnes d’eq CO2 par an.

Aubracs au cornadis chez Galdric Sola à Prades © archives Yann Kerveno

Maintenant, regardons du côté des voitures, selon les chiffres de l’ADEME, le kilomètre effectué par une voiture à moteur thermique « coûte » 0,22 kg de CO2 au kilomètre. 

Un coup de calculette plus tard, on peut donc dire qu’une vache moyenne « pèse » autant que 12 727 km en voiture. Et là, vous vous dîtes qu’on n’est pas plus avancé ! C’est vrai, mais la comparaison, qui n’est pas raison, permet peut-être de rendre palpable les ordres de grandeurs.

Sauf que, comme rien n’est jamais simple, cela n’a pas vraiment de sens de comparer les deux (alors que c’est souvent fait), dans la mesure où les vaches, surtout celles qui pâturent, sont portées par un système qui stocke du carbone. Pour un élevage laitier spécialisé, dans le contexte français, la compensation des prairies ou des haies peut atteindre de 10 à 70 % des émissions de méthane des vaches quand, en élevage allaitant, ce sont 60 à 100 % des émissions qui peuvent être compensées. Des compensations qui n’existent pas vraiment dans le cas de la voiture !

Pour être complet, vous avez là un point sur les émissions de GES de l’élevage dans le monde et retenez aussi que, malgré son grand pouvoir, la contribution du méthane au réchauffement climatique reste très loin derrière celle du CO2. Et que les recherches actuelles, notamment le plan Méthane 2030 en France, envisagent de réduire sensiblement les émissions de méthane issues des rots bovins. Plusieurs voies sont creusées : la voie génétique, par la sélection de lignées moins « exubérantes », ou la voie de l’alimentation par l’adaptation de la composition des rations (lin…) ou l’ajout d’additifs, qu’ils soient à base d’algues ou d’ail, et qui arrivent sur le marché. Avec des réductions attendues de l’ordre de 5 à 30 %.

Élevage bovin dans la région de Salamanque © archives Yann Kerveno / 2006

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