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Quel heurt est-il ? INRAE veto des villes © GAB 2026

Publié le 26 mai 2026 |

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« Déserts vétérinaires » : ça se soigne, docteur ?

Moins présent dans l’opinion que la galère pour trouver un médecin généraliste ou décrocher un rendez-vous chez un spécialiste, le spectre d’une pénurie de vétérinaires hante les zones rurales. La nécessité de veiller à une bonne répartition géographique de ces professionnels libéraux dans les campagnes a été mise en lumière lors des dernières crises sanitaires touchant les élevages. C’est aussi une question de santé publique, en France et dans le monde.

Un reportage de Stéphane Thépot pour le 19ème numéro de la revue Sesame (mai 2026).
Dessin d’illustration : Véto des villes © Gab 2026

Dessin d'Olivier Vallès par le maquettiste Gilles Sire.
Olivier Vallès
(Dessin : © par Gilles Sire)

« Ne nous oubliez pas en temps de paix », a écrit au début du printemps le Dr Olivier Vallès au président du Sénat. Ce vétérinaire tarnais a pris la plume pour alerter Gérard Larcher, lui-même diplômé de l’école vétérinaire de Lyon (promo 1973), sur les leçons à tirer de la campagne engagée au pas de charge cet hiver dans le Sud-Ouest de la France, afin d’éradiquer les foyers de Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC)1. Les praticiens s’étaient alors mobilisés à la veille des fêtes de fin d’année pour vacciner dans l’urgence près de 700 000 bovins dans dix départements. Le gouvernement a même envoyé au front une quinzaine de vétos militaires en renfort. Olivier Vallès, qui gère aussi une exploitation d’une centaine de vaches laitières dans le sud du Tarn, relativise les grandes manœuvres de communication déployées à l’époque pour les caméras de télévision, avec son franc-parler de baroudeur des étables : « La plupart de ces vétérinaires pompiers n’avaient jamais vraiment manipulé de vaches, ou ne l’avaient pas fait depuis longtemps ». Il reconnaît toutefois l’apport logistique remarquable de l’armée pour acheminer les doses de vaccins en première ligne. « Les vétos de terrain ont fait 90 % du boulot. Les étudiants de l’école vétérinaire de Toulouse nous ont aussi beaucoup aidés et j’ai même deux anciens associés retraités qui se sont proposés pour venir donner un coup de main », rapporte le gérant d’un des plus importants cabinets vétérinaires du département. La clinique du Siala compte quinze médecins et douze assistant(e)s. Depuis la périphérie de Castres, elle rayonne sur un vaste territoire qui s’étend jusque dans l’Aude et l’Hérault.

Élu en 2025 à la présidence du Syndicat National des Vétérinaires d’Exercice Libéral (SNVEL), David Quint salue lui aussi la mobilisation de toute la profession. « On a vu des collègues fermer leurs cabinets pour aller prêter main-forte dans les fermes », souligne ce quadragénaire installé en Corrèze. Problème : fin mars, peu d’entre eux avaient été payés, selon le porte-voix du syndicat. Le Dr Quint ne manque pas de souligner que renoncer à soigner les chats et les chiens des urbains pour se rendre « au cul des vaches » représente un véritable manque à gagner. C’est que le fossé se creuse entre « la rurale » et « la canine », comme on dit dans le métier. Si 20 532 vétérinaires se dédient aux soins des animaux de compagnie, ils ne sont que 6 428 à se consacrer aux animaux de rente.

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées ?

« Quand je me suis installé, on m’amenait à la rigueur le chien de chasse ou le chien de berger pour que je les soigne, jamais les chats »

Christian Cassié

Même en zone rurale, la « canine » gagne du terrain face aux soins destinés aux cheptels dans les fermes. Car, là aussi, « Les gens font davantage attention à leurs animaux de compagnie », constate Christian Cassié, vétérinaire retraité à Laguépie (Tarn-et-Garonne). Arrivé dans les années 1980 dans ce petit bourg rural de 650 habitants qui abritait jusqu’au début du XXe siècle une importante foire agricole mensuelle, il a été le témoin direct d’une évolution notable de la demande de sa clientèle. « Quand je me suis installé, on m’amenait à la rigueur le chien de chasse ou le chien de berger pour que je les soigne, jamais les chats ». À l’heure où le marché des veaux de Laguépie est relégué à une note en bas de page dans les livres d’histoire des érudits locaux, les lointains successeurs de notre interlocuteur, trois diplômés d’une école vétérinaire de Belgique, ont développé l’activité en proposant des soins de dentisterie. Ils font aussi savoir sur leur site internet qu’ils sont qualifiés pour les Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC) : reptiles, furets, lapins et autres rongeurs sont les bienvenus à la clinique des Deux Rivières. C. Cassié lui-même confesse avoir ouvert, quand il était encore actif, un « cabinet secondaire » dans le village touristique de Cordes (Tarn) en misant sur « la canine », synonyme de développement du chiffre d’affaires. « Mais les chiens ne m’ont jamais intéressé, je laissais ça à mon associé ». Il a ainsi pu observer l’arrivée d’une nouvelle clientèle, française ou étrangère, propriétaire de résidences secondaires alentour. « Ils étaient contents de trouver un véto à la campagne l’été, ils disaient qu’on était bien moins chers qu’en ville ».

Sylvain Dernat, qui a scruté les choix d’installation des vétérinaires pour sa thèse de géographie sociale, soutenue en 2016 à l’université Blaise-Pascal2, observe que les animaux de compagnie sont désormais plus nombreux que le bétail dans le pays : plus de « soixante-trois millions d’amis » contre seulement quarante et un millions d’animaux de rente (hors volailles et autres animaux de basse-cour), selon les estimations retenues par cet ingénieur de recherche au centre Inrae de Clermont-Ferrand.

Pas étonnant dès lors que la majorité des vétérinaires en France revendiquent une activité mixte, sans trop s’attarder sur la part du chiffre d’affaires tiré de « la rurale ». De l’avis général, apporter des soins dans un troupeau rapporterait peu et prend beaucoup de temps. Contrairement à ses homologues des villes, le Daktari3 des champs passe sa vie au volant. En témoigne un remarquable documentaire récemment diffusé à la télévision qui, au jour le jour, suit Amélie Jolivel, quarante-quatre ans, dans son quotidien de vétérinaire de campagne en Bretagne4 « C’est plus rentable, mais surtout plus confortable de multiplier les actes dans son cabinet chauffé ou climatisé, que de partir sur un vêlage la nuit par – 15 °C en hiver ou d’intervenir l’été à + 35 °C », reconnaît Olivier Vallès, qui estime faire au moins 35 000 km par an depuis sa clinique tarnaise. À cinquante-trois ans, le vétérinaire tout-terrain de Castres commence à envisager de lever le pied. « On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard », dit ce pluriactif qui cumule la casquette de chef d’exploitation d’un élevage laitier avec celle de juré expert des concours agricoles de la race prim’Holstein. Selon lui, près d’un diplômé sur trois quitterait la profession avant l’âge de la retraite.

À Brive, David Quint minimise ce phénomène d’évaporation sans le contester totalement, en renvoyant aux statistiques publiées par l’Ordre national des vétérinaires. Les chiffres présentent chaque année depuis dix ans une balance annuelle des entrants et des sortants. La profession, comme pour la médecine humaine, recouvre de nombreuses manières d’exercer le métier selon les spécialisations et les aspirations personnelles de chaque diplômé. Certains partent en mission à l’étranger ou exercent dans des centres de soins pour la faune sauvage, d’autres se tournent vers la recherche ou développent une activité commerciale annexe. Les statistiques montrent que les salariés (39 %) font jeu égal avec les libéraux associés dans une clinique (38 %), alors que le véto exerçant « en solo » (8 %) tend à disparaître du paysage.

Les femmes et les étudiants d’abord

Ce qui frappe surtout à la lecture des tableaux désormais pluriels de l’Ordre, c’est la forte féminisation (57 %) de la profession. L’événement le plus marquant depuis le tournant des années quatre-vingt-dix continue de s’amplifier. Une jeune diplômée d’Oniris VetAgroBio (Nantes) a récemment consacré sa thèse à ce phénomène incontournable5. Les filles sont bien plus nombreuses que les garçons dans les cinq écoles du pays (Maisons-Alfort, Lyon, Toulouse, Nantes, auxquelles s’ajoute l’école UniLaSalle à Rouen depuis 2022). Un phénomène (trop ?) souvent avancé pour expliquer le moindre attrait pour « la rurale ». Murielle Vabret, installée en Aveyron sur le plateau de l’Aubrac depuis 1994, enfonce un premier coin contre cet argument à courte vue. « Nous sommes deux associées avec deux salariés hommes », témoigne la vétérinaire de Sainte-Geneviève-sur-Argence. Pauline Cestrières, éleveuse et élue locale du nord Aveyron, va plus loin en remarquant que la plupart des autres cabinets vétérinaires du secteur sont aussi tenus par des femmes. L’image d’Épinal d’un monde immuable de vieux paysans bourrus et moustachus, posant en blouse lors des comices autour de la statue massive du taureau de Laguiole, a pris un sacré coup de corne sur la casquette. « Au lieu de dire que c’est de la faute des femmes, il convient de se poser les vraies questions sur la désertification et l’abandon du milieu rural », réagissait la physicienne Claudine Hermann, fondatrice de l’association Femmes & Sciences, dans un article de La Dépêche vétérinaire consacré en 2021 à la féminisation de la profession6.

Toutes les études qui se sont penchées sur le sujet concluent que le véritable défi du maintien de la médecine vétérinaire en zone rurale n’est en effet pas tant la féminisation qu’une question beaucoup plus large de générations. « La densité de vétérinaires la plus élevée se trouve majoritairement dans le Massif central, en Corse et en Normandie » constatait Marie Hervé dans un mémoire présenté à l’école d’économie de Clermont-Auvergne en 20157. À l’inverse, « le Rhône-Alpes, la Franche-Comté et une partie de la Bretagne, qui sont aussi des régions d’élevage, sont moins dotées », observait cette même étudiante. Très complète, son étude tente de cerner au plus près des bassins de vie la notion de « déserts vétérinaires » à l’aide de chiffres, de cartes et de savantes équations économétriques. Cet effort bienvenu d’objectivation s’inscrivait dans le cadre du programme de recherche VeTerrA, financé par la région Auvergne, l’État et l’Union européenne. Marie Hervé établit aussi quelques comparaisons rapides avec la notion de « désert médical », mieux documentée et plus médiatisée. Elle rapporte, sans surprise, que les jeunes vétos, comme les médecins ou d’autres professions libérales, sont davantage attirés par les zones urbaines proposant de meilleures « aménités », comme on dit dans le jargon socio-économique pour désigner le cadre de vie extra-professionnel et les services, publics ou privés, de proximité (écoles, cinémas, salles de sports, etc.).

« Les déserts vétérinaires ne se trouvent pas en zones hyper-rurales »

Murielle Vabret

« Même avec une belle clientèle, on a du mal à recruter », constate David Quint en Corrèze. Ce président du syndicat des vétérinaires libéraux rapporte que les nouveaux diplômés sont plus soucieux que leurs aînés d’établir un équilibre légitime entre vie privée et vie professionnelle. Comme en médecine générale, la question de l’organisation des rotations pour les gardes du week-end est centrale. « Chez nous, le vétérinaire, c’est un peu le médecin de famille de l’élevage », témoigne Pauline Cestrières, à la tête d’un troupeau d’une centaine de vaches allaitantes de race Aubrac à Montézic (Aveyron). L’élue locale constate que la figure quasi sacerdotale du « véto de campagne d’il y a trente ans », mobilisable sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, s’efface du paysage. Murielle Vabret, sa voisine en blouse blanche d’Argences-en-Aubrac, sur le haut plateau, avec deux employés à temps complet, ne s’inquiète pas vraiment. La petite structure de cette vétérinaire de cinquante-sept ans a déjà accueilli en tutorat plusieurs étudiants en sixième année de l’école vétérinaire de Toulouse. « C’est toujours une grosse déception quand ils partent, mais ils restent quand même quelque temps. » Et d’ajouter que, paradoxalement, « les déserts vétérinaires ne se trouvent pas en zones hyper-rurales. »

Des bêtes de concours au cul des vaches ?

C’est aussi le constat tiré par Marie Hervé, invitant à établir un lien entre la pyramide des âges des praticiens et celle des éleveurs. « Le nombre d’établissements agricoles spécialisés dans l’élevage influence positivement le nombre de vétérinaires, tandis que la part d’agriculteurs de plus de cinquante-cinq ans influence négativement le nombre de vétérinaires pratiquant la rurale », constatait l’étudiante de Clermont-Ferrand. Question cruciale, à l’heure où un agriculteur sur deux doit partir à la retraite d’ici 2030. Qui, de la poule ou de l’œuf, pèse en premier sur la démographie des deux corporations ?

Dans sa ferme, Pauline Cestrières évoque « un cercle vertueux » doté de ressorts à entretenir avec la minutie d’un horloger. L’ex-maire de Montézic (226 habitants) siège désormais à l’Assemblée nationale sur les bancs du bloc central. Comme la véto de l’Aubrac, cette Aveyronnaise assure que le spectre des déserts vétérinaires ne plane pas comme les vautours au-dessus des 1 962 exploitations agricoles répertoriées sur le territoire du parc naturel régional de l’Aubrac. Avec près de 200 000 têtes de bétail pour seulement 30 000 habitants répartis sur une soixantaine de communes et trois départements (Aveyron, Cantal, Lozère), le travail ne manque pas en médecine bovine. Encore faut-il se le répartir et s’assurer de la relève pour l’avenir.

« Comment demander à des bêtes de concours passées par deux années de classes “prépa” d’aller découper un veau dans la merde comme les anciens mineurs de Carmaux ? »

Olivier Vallès

Dans le Tarn, Olivier Vallès remet en cause, lui, le mode de sélection des nouvelles générations de vétérinaires avec une expression destinée à frapper les imaginaires. « Comment demander à des bêtes de concours passées par deux années de classes “prépa” d’aller découper un veau dans la merde comme les anciens mineurs de Carmaux ? » Droit dans ses bottes, le véto castrais s’interroge sur le décalage entre le bagage scolaire de très haut niveau exigé pour entrer dans la carrière et les réalités beaucoup moins glamour sur le terrain de « la rurale ». Surtout quand le niveau de rémunération plonge au ras des pâquerettes. « Il faudrait envisager de rémunérer la continuité des soins ainsi que la veille sanitaire », suggère le chef d’entreprise à Gérard Larcher. Et de faire valoir dans sa lettre au président du Sénat que les pharmaciens bénéficient de subventions publiques pour organiser la délivrance de médicaments le week-end.

Le sénateur Laurent Duplomb (l’auteur du fameux projet de loi portant son nom), éleveur laitier et sénateur (LR) de la Loire, est lui aussi monté au créneau sur le sujet, profitant d’un débat sur la transposition en France de la réglementation européenne sur les maladies animales8. « La désertification vétérinaire est le dernier signe avant la désertification agricole », alertait-il dès l’été 2020. À l’époque, cet éleveur de la FNSEA avançait que pas moins de quarante départements seraient menacés. Il se fondait sur les données du conseil national de l’ordre des vétérinaires, constatant un recul de 15 % du nombre de praticiens spécialisés dans les animaux d’élevage sur les cinq dernières années. Le chiffre frappe suffisamment les esprits pour que le ministère de l’Agriculture, associé aux chambres d’agriculture, au syndicat agricole majoritaire et aux organisations de la profession vétérinaire, lance un appel à manifestation d’intérêt dans tous les territoires concernés. Un rapport de synthèse a été remis au ministre de l’Agriculture en février 2022 par le président du conseil de l’Ordre. Il a été rédigé par le cabinet de conseil toulousain Phylum9, cofondé par le vétérinaire Philippe Baralon. Et atténue singulièrement le signal d’alarme tiré par Laurent Duplomb.

Privé de « désert »… mais pour combien de temps ?

De fait, seulement trois territoires (Aude, Dordogne, sud Ardèche) sont considérés « en situation de crise ouverte » par Phylum. L’audit distingue aussi cinq territoires en situation « subclinique » (Haute-Loire, bassin d’Aurillac, nord du Cher, sud Vienne, Yonne-Nièvre). « Les tensions sur le maillage sont encore peu perceptibles par les éleveurs, mais déjà claires dans les entreprises vétérinaires », pointe le rapport. Plutôt qu’une cartographie précise des « déserts vétérinaires » (une expression non reprise dans le texte), il s’agissait pour cet audit très pratico-pratique de faire le tri entre les différentes pistes esquissées localement pour anticiper la menace ; et prévenir, si possible, une tendance de fond indéniable. Cela passe par quelques solutions de bon sens, très pragmatiques, comme la mise à disposition d’un logement pour les étudiants et jeunes diplômés qui acceptent, malgré tout, de tenter l’aventure de « la rurale ». Plusieurs collectivités, à l’échelle intercommunale ou départementale, ont déjà franchi le pas sur le modèle des incitations à l’installation de médecins en zone rurale. Faut-il aller jusqu’à fournir clé en main les murs d’un cabinet, comme cela se pratique déjà dans un certain désordre paniqué pour des centres de santé, regroupant médecins, infirmiers et autres professions paramédicales dans les « déserts médicaux » qui s’étendent désormais jusque dans certains quartiers urbains des grandes métropoles ?

Aucune commune n’a encore placé de panneaux à l’entrée du village pour afficher son besoin urgent d’un vétérinaire. Les petites annonces sur les réseaux et la presse spécialisée fourmillent toutefois d’offres pour les titulaires d’un diplôme en médecine animale, obtenu en France ou dans un autre pays de l’Union européenne. L’ouverture récente d’une cinquième école, privée, sur le campus UniLaSalle de Rouen et l’afflux sur le marché de jeunes, refoulés aux portes des concours, qui ont suivi leur cursus de formation en Belgique, en Espagne ou en Roumanie, permettra de l’avis général de contourner les effets pervers d’un numerus clausus malthusien, moins prononcé cependant qu’en médecine humaine. Dans le même temps, on assiste à un phénomène de concentration des cliniques vétérinaires dans les mains de quelques investisseurs financiers, flairant la bonne affaire. Le phénomène vise en priorité le marché des animaux de compagnie. Avec, pour corollaire, un besoin d’investissement qui excède généralement les capacités financières d’un libéral en solo. « Au début de ma carrière, on ne trouvait pas de scanner chez les vétérinaires. Aujourd’hui, on en compte 130 en France. On fait désormais des scanners sur des lapins, et de la chirurgie sur des poules », témoigne Philippe Baralon dans Le Monde10.

Pour la petite minorité de vétérinaires pratiquant encore « la rurale » dans les campagnes, le verrou à faire sauter pour maintenir un minimum d’attractivité demeure financier. L’idée d’une rémunération non plus à l’acte, mais au forfait, fait son chemin. À contre-courant d’une vision purement libérale de la profession, la notion d’un contrat avec les éleveurs et avec l’État pour assurer un suivi sanitaire des troupeaux est plébiscitée.

« Le cheptel français s’est amélioré sanitairement, on ne va pas multiplier les prises de sang inutiles »

David Quint

« Conventionnement » ou « contractualisation » ? Le mode de rémunération pour ces missions de conseil en amont des soins médicaux reste à mieux définir, rapporte l’audit du cabinet de conseil de Philippe Baralon. On touche ici à un élément clé pour pallier la baisse de rentabilité de la « rurale » pointé par David Quint. « Quand j’ai commencé ma carrière il y a vingt ans, les missions de mandataire sanitaire confiées par l’État pouvaient représenter jusqu’à 30 % de mon activité », témoigne le vétérinaire établi en Corrèze. Ce rôle crucial, réapparu au grand jour lors de la crise de la DNC, est désormais dévolu à une petite poignée de vétérinaires qui travaillent comme fonctionnaires dans les services déconcentrés de chaque préfecture. « Le cheptel français s’est amélioré sanitairement, on ne va pas multiplier les prises de sang inutiles », ajoute le président du SNVEL. Toute la question est de savoir comment rétribuer au juste prix ce patient travail de veille sanitaire en dehors des flambées de crise dans les campagnes.

Lire aussi

  1. « Qui veut la peau des vaches, une question de protocole ? », Mission Agrobiosciences, 26 décembre 2025
  2. « Choix de carrière dans l’enseignement vétérinaire et attractivité des territoires ruraux », 4 avril 2016, publié sur le portail Hal Inrae en 2020
  3. Daktari (« Docteur », en swahili) est une célèbre série télévisée américaine pour enfants, diffusée en France dans les années 1970, sur la vie d’un cabinet vétérinaire au Kenya
  4. « Véto de campagne », sur France TV
  5. « Féminisation de la profession vétérinaire : enquête auprès des diplômées au cours des vingt dernières années (2003-2023) », thèse de Florine Gottero Arban, décembre 2024
  6. « Pourquoi les femmes vétérinaires peinent-elles à se faire accepter dans le monde rural ? » La Dépêche vétérinaire, 22 mai 2021
  7. « Les déserts vétérinaires au sein des zones rurales françaises : délimitation, caractérisation et analyse des déterminants de leur progression », mémoire de Marie Hervé en master à l’école d’économie de l’université d’Auvergne, 2015, https://hal.inrae.fr/hal-02601877
  8. « Après les déserts médicaux, les déserts vétérinaires : le Sénat adopte un dispositif pour lutter contre le phénomène », Sénat, 9 juillet 2020
  9. « Maintenir un maillage vétérinaire au service de l’élevage et de la santé publique », rapport au ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, rédigé par Lucile Frayssinet et Philippe Baralon, Phylum, 22 février 2023
  10. « Les cliniques vétérinaires, leur business très convoités et leurs dérives », Le Monde, 2 décembre 2025

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