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Les échos & le fil

Publié le 21 janvier 2026 |

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Le SIA scié ?

L’absence des bovins, pour la première fois de sa longue histoire, donnera un drôle d’air au Salon international de l’agriculture (SIA) dans un mois à Paris. Sans compter le contexte explosif du moment entre Mercosur et Dermatose nodulaire contagieuse, taxes Trump, arrachage des vigne et guerres syndicales. Mais le salon de la Porte de Versailles a toujours été un outil de régulation. Même cette année ? C’est le fil du mercredi 21 Janvier 2026.

Photographie : © archives Yann Kerveno.

Muscles, aplombs, lignes de dos, implantation de la mamelle, finesse du cuir, port, TB et TP… Autant de termes qui ne jailliront pas des commentaires des juges sur le grand ring ou ses annexes. Parce que cette année, le Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris aura comme un p’tit quelque chose en moins. Parce qu’il se tiendra sans ce qui fait sa colonne vertébrale, le hall 1 devant être en grande partie vide des animaux qui y sont exposés habituellement. Tout comme les speakers n’auront pas à commenter les concours qui mettent aux prises les plus beaux sujets de chaque race bovine présente.

Pas de risque inutile

On connaît la cause de cette absence, c’est la difficulté à contrôler l’épidémie de Dermatose nodulaire contagieuse qui circule dans le sud de la France depuis l’été dernier. Et dont la dissémination d’une zone à l’autre (Savoie, Rhône, Jura, Catalogne puis piémont pyrénéen) est liée à des mouvements d’animaux ou de véhicules. Dès lors, pas besoin d’être grand clerc pour comprendre le risque qu’il y a à concentrer en un seul bâtiment des animaux venus de toute la France. Un risque sanitaire soulevé par les organismes de sélection dès le début de l’année, même si 80 % des animaux pressentis sont originaires de zones indemnes. Dans la foulée, d’autres races ont signalé leur absence comme le mouton charollais et quelques éleveurs de porcs à cul noir ont aussi fait défection. Mais là, point de question sanitaire, ce sont plutôt des décisions politiques et syndicales, en solidarité avec les éleveurs de bovins.

Biguine sans cavalier

On ne sait pas en revanche ce qu’il adviendra de l’égérie de cette édition 2026, Biguine, venue de Martinique et en pension en Franche-Comté. Ce bovin du genre Indicus et de race Brahmane a d’ailleurs suscité des commentaires acerbes comme celui du président de l’organisme de sélection des moutons charollais, Denis Berland, qui estime que la présence d’un animal de race brahmane n’est pas très heureuse eu égard au contexte (i. e. le Mercosur) : « Si la mise en lumière des territoires ultramarins est une initiative louable, la très forte présence de cette race sur le continent américain rend ce symbole particulièrement maladroit dans le contexte actuel ». Mais il y a fort à parier que l’inquiétude ne s’arrête pas à l’absence d’une bonne partie des attractions habituelles. Car il y a le risque que la fréquentation soit moindre qu’à l’habitude (entre 500 et 600 0000 visiteurs sur la quinzaine) mais aussi celui que la contestation s’exprimant aujourd’hui dans la rue trouve dans le salon, à Paris, un point de cristallisation, voire de règlements de compte tant les injures fusent sur les réseaux sociaux entre partisans de telle ou telle chapelle syndicale. Si cette crainte est légitime, c’est parce que depuis longtemps, le SIA est un moment clé de l’année où sont habituellement annoncées les réponses aux revendications des mois précédents…  Et que dans les jours qui le précèdent, il est l’occasion pour le monde agricole de mettre un petit coup de pression sur le politique.

Complots, trahisons…

Cette histoire, l’imbrication entre le politique et l’agriculture (ainsi que ses foires), n’est pas nouvelle. A bien y regarder, elle est consubstantielle. Pour comprendre cela, il faut remonter aux origines : l’âge d’or des comices agricoles (ainsi qu’on appelait alors ces rassemblements) au Second Empire. C’est à ce moment-là qu’ils deviennent des outils d’influence, parce qu’organisés dans les chefs-lieux de canton, ils attirent tout ce que les alentours comptent de paysans en quête de nouveauté : c’est là que se diffusent les nouvelles techniques. Ils sont si attractifs qu’ils deviennent un enjeu politique pour les prétendants à l’accession du Conseil général. Il devait se tramer de ces trucs dans les banquets des comices… Lesquels occuperont l’espace jusqu’au début du XXe siècle avant de se replier, bien plus modestement, sur l’organisation des concours de bestiaux. On pourra aussi y voir l’emprise grandissante de la capitale sur le pays puisque le concours général agricole est créé en 1870, 26 ans après les débuts du concours des animaux gras de Poissy, une des deux portes d’entrée du bétail dans la région parisienne. Mais, derrière la vitrine, celle des visites et des annonces, on peut revenir à l’histoire des banquets de comices que l’on imagine bruissant de complots politiques, de trahisons impromptues.

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Car le SIA est également un vaste banquet, comme l’ont montré deux chercheurs, Ivan Chupin et Pierre Mayance il y a une dizaine d’années. Dans leur papier, publié en 2018, ils mettent en lumière ce qui se cache habituellement dans la pénombre des stands, au-delà de la face visible de la médaille (la communion de la nation avec son agriculture, de son personnel politique avec le monde agricole, faisant effet de baromètre de popularité… Bon, cette année, on l’a entrevu, cela risque d’être peut-être houleux). Et que trouve-t-on dans cette pénombre ? Une foule de rendez-vous informels, à l’écart des caméras. Le jeu des groupes de pression, des syndicats, des distributeurs, des organisations agricoles ou des instituts de recherche… En dépit de la place particulière de l’agriculture en France, le Salon international de l’agriculture de Paris n’est pas une exception franco-française. On trouve ce même type de moments ouverts au grand public et aux professionnels dans nombre de pays. En Allemagne, c’est l’Internationale Grüne Woche Berlin (en clair, la Semaine verte, 310 000 visiteurs l’an passé et 100 ans cette année), au Royaume-Uni, se tient le Great Yorkshire Show dont les entrées sont limitées à 35 000 par jour (140 000 visiteurs l’an dernier en quatre jours), mais aussi le Royal Highland Show en Écosse (autour de 220 000 visiteurs ces dernières années). De l’autre côté de l’Atlantique, le Pennsylvania farm show est le salon le plus populaire, il accueille un demi-million de visiteurs sur une semaine mais reste loin derrière le Sydney Royal Easter Show, en Australie, qui combine salon de l’agriculture et carnaval pour accueillir 800 000 visiteurs sur 12 jours. Qui dit mieux ?

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