Sciences et société, alimentation, mondes agricoles et environnement


Les échos & le fil image manifestation agricole_copyright Yann Kerveno

Publié le 14 janvier 2026 |

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Une fronde plus homogène ?

Finalement, à bien y regarder, les manifs d’aujourd’hui sont essentiellement la poursuite de celles entamées il y a trois ans quand le Green Deal occupait les esprits. Même si les lignes bougent parfois de manière surprenante. C’est le fil du mercredi 14 Janvier 2026.

Photographie : © archives Yann Kerveno.

Les manifestations agricoles en France occupent une large place dans les médias au point qu’en étant inattentif, on pourrait presque s’y perdre. D’un côté, il y a les critiques de la gestion de la crise de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC), de l’autre celle de la signature du traité du Mercosur et, un peu plus loin, les questions de normes, de rentabilité, peut-être plus habituelles. Ce qui semble changer en revanche ces dernières semaines, c’est la « bagarre syndicale » à l’œuvre où chaque organisation (Confédération Paysanne, Coordination Rurale et FNSEA-JA) tente de faire valoir sa légitimité. Bagarre parfois alimentée, et c’est peut-être le plus inédit dans cette histoire, par des alliances de circonstance (sur la DNC, le Mercosur et la dénonciation de la FNSEA et JA) entre la Coordination rurale et la Confédération paysanne, lesquelles occupent pourtant des positions diamétralement opposées sur l’échiquier syndical. Une convergence que l’on a aussi retrouvée dans le défilé des politiques sur les barrages, où le Rassemblement national a côtoyé La France Insoumise. De quoi faire jaser, à gauche notamment, et poser pas mal de questions sur les stratégies des uns et des autres.

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Mais nous ne sommes pas le seul pays à voir les tracteurs débouler sur les routes pour les bloquer le cas échéant. Notamment dans les pays qui se sont opposés officiellement au traité de libre-échange avec l’espace économique d’Amérique du Sud : l’Autriche, la Pologne, la Hongrie (en plus de la France). Le Mercosur inquiète également beaucoup en Irlande, les éleveurs en particulier, qui appellent à un Irexit. En Pologne, les agriculteurs ont aussi pris le chemin de la capitale pour protester contre le Mercosur. En Espagne, ils ont bloqué une des principales autoroutes cinq jours durant. Un mouvement qualifié, là-bas, de « logique » au vu de l’histoire récente et des relations chaque année plus tendues entre le monde agricole et l’Union européenne comme le décrivent Julian Briz Escribano et Isabel Felipe Boente : « Les protestations des agriculteurs européens contre la PAC et l’accord avec le Mercosur reflètent un profond dilemme entre, d’une part, les politiques communautaires en matière de durabilité et de libéralisation commerciale et, d’autre part, la demande de sécurité économique et de stabilité du secteur agricole. Ces mobilisations mettent en évidence la nécessité de concevoir des politiques agricoles et commerciales plus équilibrées, qui tiennent compte à la fois de la compétitivité internationale et de l’équité sociale et environnementale au sein de l’UE » analysent-ils dans un papier qui prend, salutairement, un peu de recul avec le brouhaha des invectives.

Rebelote ?

Cet épisode important survient après un autre round pas si vieux que cela, puisqu’il remonte à janvier 2024, enflammant une partie des pays de l’Union européenne. Les motifs d’alors étaient assez différents de ceux du jour. Dans l’est de l’Europe, il était question de protester contre l’entrée massive de produits ukrainiens, décidée par l’Union en solidarité avec son voisin, qui déstabilisait les marchés locaux. C’était le cas en Pologne, en Roumanie, en Slovaquie et en Hongrie. Certains de ces pays avaient d’ailleurs mis en place un embargo sur les produits ukrainiens. En Espagne, une grande mobilisation avait bloqué une bonne partie des grandes villes pour protester cette fois contre la hausse des coûts de production, les marges trop étroites et la mort annoncée des zones rurales. En Allemagne, le motif de grogne concernait le prix du gasoil non routier et 5 000 tracteurs avaient envahi Berlin. L’opposition au Green Deal et son pendant agricole Farm to Fork, sous-tendait aussi une partie des revendications, auxquelles s’ajoutaient « les habituelles antiennes, bureaucratie, normes environnementales, traités de libre-échange qui agitent lensemble du monde agricole européen » avait-on écrit à l’époque. Politico avait même dressé une liste synthétique, et parlante, des revendications agrégées par pays. Et déjà, les populistes de tout poil étaient présents pour tenter de surfer sur la vague. En appuyant notamment sur l’opposition écologie/agriculture. Difficile de ne pas voir dans le vaste mouvement qui mobilise aujourd’hui le monde agricole les soubresauts d’un changement d’ère décidément bien difficile que nous avions évoqué, il y a deux ans tout pile. Et sur lequel chaque dossier vient souffler sur les braises.

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