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Les échos & le fil © archives Yann Kerveno

Publié le 18 février 2026 |

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On ne voit pas comment ça (ne) pourrait (pas) mal se passer

Un petit millier de cas depuis le début de l’année aux États-Unis et une courbe qui ne cesse de s’accélérer, une petite vingtaine de décès en Israël depuis l’été dernier, des centaines de cas au Royaume-Uni, la rougeole fait un retour fracassant dans l’actualité. Et pour cause, elle est fort contagieuse et grave mais ce come-back dans les pays occidentaux est peut-être aussi un signe des temps. C’est le fil du mercredi 18 février 2025.

Photographie : © archives Yann Kerveno

Alors, on ne va pas se mentir, nous ne sommes pas là pour ça, mais quelques signaux faibles détectés ces dernières années deviennent fort inquiétants. Et qui feront peut-être, allez savoir, du XXIe siècle celui du retour des épidémies. Car non contents d’être exposés au développement de zoonoses et d’épizooties qui sortent de leur pré habituellement carré, nous voici de nouveau aux prises avec la… rougeole. Une des maladies les plus contagieuses du monde, une personne infectée ayant capacité à en contaminer 18 autres. Alors qu’en est-il ? Faisons un saut aux États-Unis puisque c’est un pays réputé pour être en avance sur tout, même sur le pire. Et le pire, justement, est peut-être en train de s’amorcer. En 2024, le pays avait enregistré 283 cas de rougeole. En 2025, le nombre de cas a été multiplié par 8, avec 2 278 cas enregistrés. Et le  17 février de cette année, ce sont déjà 937 cas qui sont relevés, soit 470 de plus que l’an passé à la même époque. 63 cas « seulement » avaient été diagnostiqués en 2023.

Les enfants d’abord

Si le Texas fut l’État le plus concerné l’an passé, l’épidémie y est aujourd’hui considérée comme terminée, mais elle a essaimé ailleurs. Pour 2026, c’est la Caroline du Sud qui tient la corde avec 622 cas sur les 937 enregistrés depuis le début de l’année. Dans le pays, la rougeole concerne essentiellement les plus jeunes : 25 % des cas sont enregistrés chez les enfants de moins de 5 ans (on peut être vacciné à partir du 12è ou 15è mois) et 58 % concernent des enfants et des adolescents de 5 à 19 ans. Plus parlant, s’il le faut, dans 95 % des cas, les personnes concernées n’étaient pas vaccinées ou leur statut vaccinal était inconnu. Les 5 % restants avaient reçu la première dose du vaccin qui en compte deux. Le Centre des maladies infectieuses relève d’ailleurs que le taux de vaccination des enfants dans les crèches a reculé de 95,2 % en 2019-2020 à 92,5 % en 2024-2025, exposant la bagatelle de 286 000 bambins à la maladie.

Le retour du « statut indemne »

À l’échelle du pays, une douzaine d’États présentent un taux de vaccination supérieur à 95 % (vous verrez plus bas combien c’est important) et une quinzaine un taux de vaccination inférieur à 90 %. À Los Angeles, un enfant est décédé l’été dernier d’une complication rare de la rougeole avant d’avoir pu être vacciné. La rougeole avait pourtant été éradiquée en 2000 du sol des États-Unis, lesquels  risquent de perdre leur statut « indemne » au printemps. Alors on pourrait se gausser puisque tout ceci de passe outre-Atlantique, là où les vaccins sont en plus chahutés par l’administration Trump mais il ne faudrait pas se moquer trop vite. Plus près de chez nous, à Londres, la situation se dégrade également. Une épidémie de rougeole a éclaté dans le nord-est de l’agglomération, la capitale restant d’ailleurs le principal foyer : entre le premier janvier de cette année et le 9 février, 96 cas ont déjà été confirmés.

657 cas l’an passé

Ils sont survenus principalement dans la banlieue d’Enfield (35 % des cas, majoritairement des enfants de moins de 10 ans dans les écoles et les crèches). C’est précisément dans ce secteur que le taux de vaccination contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (le ROR) est le plus faible, 35 % des enfants n’ayant pas été vaccinés en 2024-2025 selon les statistiques officielles. La Grande-Bretagne a d’ailleurs perdu son statut « indemne » de rougeole puisque la maladie a recommencé de circuler à la fin de 2023, l’année 2024 comptant 2 911 cas confirmés en laboratoire. Il faut remonter à 2012 pour trouver de pareilles statistiques. En 2025, 657 cas ont été confirmés dont 68 % concernant des enfants de moins de 10 ans. Le décès d’un enfant à Liverpool l’été dernier des suites de la rougeole a créé un choc dans l’opinion publique mais visiblement pas au point de relancer la vaccination.

Deux grandes épidémies à venir ?

Face à cette situation, les épidémiologistes du pays ont sorti leurs calculettes en 2023 et réalisé des simulations pour évaluer le coût de « l’hésitation vaccinale » concernant la rougeole. Avec pour hypothèse de base que 3 % des parents (estimation) refusent de vacciner leurs enfants contre la rougeole. À ce rythme-là et au cours des 20 prochaines années, le pays pourrait connaître deux grandes épidémies qui généreraient près de 400 000 cas et 4 802 décès, occasionnant la perte de 292 M£. Bien sûr, vous l’avez compris, l’émergence de nouveaux foyers est largement due à la défiance, pas si nouvelle mais de plus en plus visible, contre la vaccination. C’est là que le bât blesse, car pour supprimer la circulation de la maladie, il faut atteindre une couverte vaccinale d’au moins 95 % de la population. Ce qui peut transformer une décision personnelle en enjeu de santé publique.

Amnésie immunitaire

Un autre exemple en est donné en Israël où un nouveau foyer apparu au milieu de l’année dernière dans les communautés ultraorthodoxes rétives à la vaccination (voire aux soins) a provoqué 2 900 cas et déjà provoqué la mort de 19 personnes, des enfants principalement). Le pays est coutumier de ce genre d’événements déjà survenus en 2018-2019, 2007-2008 et 2003-2004 avec, à chaque fois, le même scénario : l’importation d’un cas et des poches de contamination dans les communautés ultraorthodoxes. Et comme pour le Covid, dont les conséquences tuent encore 5 000 personnes par mois aux États-Unis, on découvre que la rougeole peut aussi avoir un impact à terme. C’est le cas de l’amnésie immunitaire (la perte d’immunité pour d’autres pathologies) possiblement induite par la rougeole. Pouvant contraindre à reprendre l’ensemble du schéma vaccinal des personnes concernées.

Ironie infinie de l’histoire, 2025 fut pourtant une année assez faste, avec le recul du nombre de cas en Europe et en Asie centrale (-75 %) même si les chiffres restent supérieurs à ceux des années 2000. A l’inverse, en Floride, le champ des exemptions vaccinales devrait être étendu. Il est plus que jamais temps d’écouter les sages conseils des grands-mères qui enjoignent de sortir bien couvert quand il fait mauvais !

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