Bruits de fond

Published on 10 février 2020 |

0

Et si on invitait un parasite ?

Sangsue, pique-assiette, profiteur… le pauvre parasite a triste réputation et ce, dans tous les domaines : social, biologique ou commercial. C’est que vivre aux dépens d’un autre confère illico l’image peu enviable du pou, de la gale ou du ténia, de la bouche inutile qui mange à vos frais (au sens propre comme au sens figuré dès lors que certains politiques dénoncent « les perfusés » des aides sociales), sans oublier le cas de l’infâme opportuniste s’arrogeant la réputation d’un concurrent, une pratique sanctionnée régulièrement par le droit commercial, comme l’a montré récemment la condamnation de la mairie de Béziers1. Et ce n’est pas fini. Car il y a une version gore qui fait actuellement un tabac dans les salles obscures. Palme d’or 2019, Parasite, le film du Coréen Bong Joon-ho, qui candidate également pour les Oscars 2020, contribue largement à noircir encore le tableau (film primé depuis !).

Poètes de cour

Tragique destin que ne laissaient en rien deviner les premiers pas du parasitos au temps des cités grecques. Car, bien loin de l’indésirable que l’on dépeint aujourd’hui, il s’agissait alors d’un hôte de marque ! Composé de para (« à côté de ») et de sitos, qui désignait initialement les céréales puis le pain et enfin la nourriture, il avait tout simplement le sens de « convive ». Et pas n’importe lequel. Un citoyen d’honneur, nourri aux frais de l’État et reçu pour ce faire dans le saint des saints, le Prytanée, cet édifice public où brûlait le feu sacré et où se réunissaient les magistrats (prytanes). Mieux que la garden-party de l’Élysée un 14 juillet. Las, l’opération table ouverte a peu à peu tourné court. Au fil du temps, notre parasite perd de son prestige et ne tarde pas à qualifier celui qui s’invite dans les festins des plus riches et paie son écot en flatteries et divertissements. Un métier. D’ailleurs, quand les satiristes français du XVIIe raillent les parasites, ils visent principalement les poètes de cour ripaillant en compagnie du roi. Un sens que balaie, au siècle suivant, la découverte de formes vivantes qui se développent aux dépens d’une autre. Le mot parasite se trouve d’un coup relégué au rang d’adjectif pour qualifier ces plantes et ces animaux qui ont le don de taper l’incruste. Un « hôte »-toi de là que je m’y mette qui devint vite péjoratif, renvoyant les vertus des parasitos aux calendes grecques. 

  1. Condamnée le 13 juin 2019 par le tribunal de grande instance de Marseille pour parasitisme envers l’artiste-peintre Jean Pierson, auteur d’un projet de parcours de fresques historiques à travers la ville, projet que la mairie n’a pas retenu mais dont elle s’est très largement inspirée en en confiant la réalisation à une association.

Tags:




Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top ↑

revue Sesame - GA4