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Fenêtre sur cour Stockage des blé à l'extérieur_Coopérative Union_18 Bourges

Publié le 8 mai 2025 |

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Coopératives agricoles : pertes et profits

Décalage entre idéalisation et réalité autour du rôle des coopératives, le regard critique de Manau, agriculteur bigourdan, pour le 17ème numéro de la revue Sesame (mai 2025).

Manau © par Gilles Sire

« Les coopératives sont le moteur du développement, de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, du renforcement de la sécurité alimentaire, de l’aide aux entrepreneurs locaux sur les marchés, et bien plus encore… » C’est par ces mots que le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a annoncé le lancement de l’Année internationale des coopératives… Les fameuses coopératives ! Définies comme « une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et le pouvoir est exercé démocratiquement. » Que c’est beau !… Et efficace quand ça reste à taille humaine, à l’image de l’agriculture, d’ailleurs, comme les CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole) ou les fruitières laitières jurassiques et alpines, dont la force principale reste de résister au phagocytage de la voie « lactalisée ».

Le ciel s’assombrit sur ce monde enchanté quand on apprend qu’en première place des coopératives, on trouve les centres distributeurs Leclerc (55,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel), suivie du groupe Crédit agricole (38,2 milliards) et de Coopérative U (30,9 milliards).

Mis à part le qualificatif d’ « autonome », on a subitement des difficultés à associer à ces mastodontes quelque autre terme de la définition initiale. On sent rapidement qu’il y a anguille sous roche, grenouille sous nénuphar, voire loup dans le bureau du fiscaliste. Entre les coops à taille humaine et ces géants se trouvent les grands groupes coopératifs agricoles. Oui, la propriété de l’entreprise y est collective. Oui, c’est une association autonome de personnes volontairement réunies… au début. Par la suite, elles sont souvent contraintes par un crédit appro1 non remboursé, un contrat non respecté, un formatage organisé, etc.

Mais pour ce qui est des aspirations et besoins économiques, permettez-moi de déglutir une fois, deux fois, dix fois avant étranglement.

Des structures qui organisent l’importation concurrentielle, fondent leurs prix sur les cours mondiaux ou, exemple récent, s’associent à un grand groupe pétrolier pour installer des usines à gaz de méthanisation. Elles dépossèdent ainsi les investisseurs privés adhérents des sous-produits nécessaires au fonctionnement de leurs unités de production – pardon, mais je vois bien où sont aspirés les intérêts économiques, et ce n’est certainement pas vers le paysan coopérateur de base.

Et quand on sait que, dans certaines contrées porcines d’Armorique, les adhérents « associés coopérateurs » sont obligés de se cagouler pour porter leurs revendications afin de ne pas être identifiés et sanctionnés… Ouille ! Le pouvoir exercé démocratiquement s’apparente plus à du « pinochage » chilien qu’à un conte pour enfants.

Il y a longtemps que le monde agricole a perdu la banque et le système assurantiel qu’il avait construit avec, pour fondations, solidarité et éthique ; il n’a pas su en analyser les raisons. Il perd, aujourd’hui, la main sur ses grands groupes coopératifs.

Inutile de vouloir réorienter le navire, il est devenu trop massif ; mieux vaut, comme l’ont fait les producteurs de lait de l’APLI (Association de Producteurs de Lait Indépendants), après la grève du lait de 2009, reconstruire sur des bases plus saines et plus justes, en ne gardant pour objectif que l’unique intérêt du paysan et, dans le cas présent, du consommateur.

La marque de produits laitiers Faire France qu’ils ont créée, bien que n’ayant pas pour support juridique la forme coopérative, en possède bien plus l’esprit que certaines qui s’en revendiquent. Et ça marche ! Je détaillerai la formule dans un autre épisode…

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