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Published on 16 février 2021 |

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Des abattoirs de proximité «à la découpe »

Par Stéphane Thépot
(Photo https://www.aalvie.com/copie-de-notre-projet-1)

L’abattoir de la zone industrielle d’Arsac, aux portes de Rodez (Aveyron), se relève de multiples embûches depuis le début de l’année. Suspendue en juin 2020 par le ministère de l’Agriculture en réaction à la diffusion d’une vidéo de l’association L124 épinglant toute la filière ovine du département, l’activité a de nouveau été provisoirement stoppée en septembre lors de la découverte d’un « cluster » de Covid parmi les employés. Menacé par le dépôt de bilan du groupement de coopératives Arcadie, qui contrôlait une douzaine d’abattoirs dans tout le grand Sud-Ouest, l’outil, qui traite en moyenne 8 000 tonnes de viande bovine par an, a finalement été repris par Unicor, la plus importante coopérative aveyronnaise. La vente « à la découpe » d’Arcadie Sud-Ouest par le tribunal de commerce de Rodez illustre la difficulté à trouver un juste équilibre pour exploiter le « maillon faible » de la filière viande, coincé entre les besoins des éleveurs et les attentes des consommateurs sous l’œil d’une réglementation sanitaire renforcée depuis l’épisode de la « vache folle ».

Rejetant volontairement les cadences « industrielles » et la logique low cost, les soixante-quatorze éleveurs du Limousin, regroupés au sein d’une SAS (Société par Actions Simplifiée), ont convaincu les collectivités d’investir 4,5 millions d’euros à leurs côtés pour expérimenter un contre-modèle à Bourganeuf (Creuse), calibré pour seulement une dizaine de bêtes par semaine provenant d’un rayon de cinquante kilomètres. Annoncé pour 2019, ce « micro-abattoir » robotisé (voir « Mourir dans la dignité : les animaux de ferme aussi » Sesame n° 5) n’était toujours pas mis en service en septembre 2020, mais le Pôle viandes locales a ouvert la salle de découpe attenante avec quatre bouchers, en misant à la fois sur le créneau haut de gamme de la viande maturée et sur la transformation des bas morceaux (saucisse, merguez, chorizo, etc.). Les bêtes sont tuées à Limoges (Haute-Vienne), La Châtre (Indre) ou Bessines (Deux-Sèvres). Le projet a été impulsé sous l’égide du Modef pour répondre à la fermeture de plusieurs abattoirs publics de proximité, condamnés par des déficits chroniques.

Suite à la liquidation judiciaire de l’abattoir de Challans (Vendée) en 2018, un groupe de 150 éleveurs s’est constitué en association pour développer l’abattage « à la ferme » sur le modèle des caissons mobiles utilisés en Allemagne. Porté à l’origine par un groupement d’agriculteurs bios, il a été élargi aux éleveurs conventionnels dans deux départements.

Le projet AALVie (Abattage des Animaux sur leur Lieu de Vie) repose sur une dizaine de caissons rattachés à deux salles de découpe implantées de part et d’autre de la Loire, à Machecoul et Plessé (Loire-Atlantique). Un test grandeur nature du premier caisson, fabriqué sur plan par l’association, a été réalisé à titre dérogatoire chez un éleveur entre Nantes et Angers, avec l’accord des services vétérinaires et la collaboration de l’abattoir de Chateaubriand. Une première en France.

Chacun des deux projets jumeaux est évalué à 3,5 millions d’euros pour 4 500 gros bovins par an, soit 1 500 tonnes commercialisées en circuit court sous le label « Né, élevé et abattu à la ferme ». Guylain Pageot, éleveur bio de Villeneuve-en-Retz, à l’origine du projet, espère lancer la construction du « mini-abattoir » sans tuerie de Machecoul dès la fin 2020, pour une mise en service des caissons en 2021.

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